Travaillez avec sa famille…un casse-tête

Pour commencer, posons-nous cette question : Le communautarisme des africains mêlé au sentimentalisme familial influence-t-il injustement le professionnalisme dans les entreprises en Afrique ? Vous l’aurez compris, cet article s’articulera autour de trois axes principaux : le communautarisme en Afrique, les relations familiales, et l’épineuse problématique portant sur les relations familiales au travail en Afrique.

1) LE COMMUNAUTARISME EN AFRIQUE

Je m’en vais là vous racontez l’histoire d’un anthropologue qui a proposé un jeu à des enfants d’une tribu africaine située à l’est de l’Afrique du sud : « les Xhosa ». Il a mis un panier plein de fruits près d’un arbre, et a dit aux enfants que le premier arrivé remportait le panier. Quand il leur a dit de courir, ils se sont tous pris par la main et ont couru ensemble, puis ils se sont assis ensemble profitant de leurs friandises. Quand il leur a demandé, pourquoi ils se sont pris par la main, ils ont répondu : « UBUNTU, comment peut-on être heureux si tous les autres sont tristes ? ». « UBUNTU » dans la culture Xhosa, signifie : « Je suis parce que nous sommes ».

Il faut comprendre et retenir une chose : « Les Africains sont conditionnés par des influences culturelles de diverses natures imposées par la famille, le clan, l’ethnie et la caste ». Ces influences sont généralement fortes, non seulement parce qu’elles se logent involontairement avec le temps dans l’esprit et dans le subconscient des individus dès le bas âge, mais aussi et surtout parce qu’elles sont partagées par un grand nombre de personnes et cristallisées dans les institutions bâties par ces communautés. Parmi ces influences culturelles, on distingue : la mentalité tribale, l’éducation familiale, la coutume traditionnelle et les croyances ancestrales, auxquels s’ajoutent des connaissances artistiques et littéraires, ainsi que des aptitudes et des habitudes que les africains acquièrent en tant que membre de leur société. Cependant, si tous ces éléments sont perceptibles dans la culture ou la civilisation de plusieurs peuples à travers le monde, cela est beaucoup plus perceptible en Afrique, en Asie et même en Inde. Mais en Afrique plus particulièrement, la famille, le groupe, le clan, ou l’ethnie, auront toujours pignon sur tout, comme pour confirmer et attester que «UBUNTU» est l’état d’esprit unique qui caractérise le peuple africain.

2) LES RELATIONS FAMILIALES

Chez nous au Cameroun, comme dans plusieurs pays africains, il se dit que : « la famille est sacrée ».

Selon les recherches d’Amadou Lamine Dia, par « famille » ici, il faut entendre la famille élargie regroupant les descendants d’un ancêtre commun et soudés entre eux par les liens de sang et du sol (Personne appartenant à une même ethnie). Le groupe familial peut, du fait de la polygamie, devenir quantitativement très important. Il devient alors un clan à patronyme commun. Il s’organise autour d’un chef à la fois autoritaire et protecteur : l’homme le plus âgé de la famille, qui sert d’intermédiaire entre le monde des vivants et celui des morts, symbolise ainsi l’une des principales caractéristiques de la société africaine. Cette caractéristique confère au chef une autorité très grande, mais jamais despotique, sur les autres membres du groupe.

Cette forme d’organisation sociale n’admet pas d’individu isolé : ce dernier est avant tout le parent et le concitoyen d’un grand nombre de personnes. La conscience qu’il peut avoir de sa personne, de sa personnalité propre lui apparaît comme un phénomène tout à fait secondaire. La solidarité familiale est une contrainte imposée à tous les membres du groupe. En outre, les relations familiales sont très prononcées, et leur importance est très vite perceptible au sein des communautés Africaines. A titre d’exemple, vous constaterez qu’au Cameroun, pour consolider les liens familiaux, des réunions de famille sont organisées, régulièrement. Sans oublier les manifestations telles que les dots (Mariage coutumier en Afrique), les mariages civils, et les deuils, tout ceci dans le but de renforcer les rapports familiaux.

3) LES RAPPORTS FAMILIAUX AU TRAVAIL

Dans plusieurs entreprises en Afrique, la famille au travail … c’est la familiarité et la camaraderie qui, inévitablement s’installent. Travailler avec quelqu’un dont nous apprécions la compagnie, avec qui nous partageons des intérêts communs et avec qui nous pouvons plaisanter aide vraiment à maintenir cet environnement favorable, et souvent c’est la garantie d’une productivité élevée. Mais sauf que, discipliner quelqu’un aussi proche de nous qu’un membre de la famille, n’est pas une tâche facile pour certains patrons africains. Discipliner d’abord un employé n’est pas aisé, mais qui puisse être lorsqu’il s’agit d’un membre de sa famille, cela peut s’avérer être encore plus difficile. Ce genre de situations peut devenir très gênant et très pénible à supporter, au point d’entraîner des conflits familiaux. Car, certains membres de la famille peuvent avoir du mal à obéir aux règles de l’entreprise fixées par leur hiérarchie non familiale. Ils peuvent avoir l’impression d’être au-dessus du règlement intérieur, parce qu’après tout, ils sont de la famille du boss, du gérant, du Directeur Général ou du frère Ministre de tutelle.

Or, vu que la famille est vraiment sacrée en Afrique, mais alors très sacrée, il peut être difficile pour certains de compartimenter cela au travail. Passer à chaque instant du titre (Madame, Monsieur) au surnom (Papy, Tonton, Tata, Coucou, …) ne doit pas être simple. Et à cause de cette difficulté à faire la distinction entre le titre de fonction en entreprise et l’appellation usuelle en famille, les membres de la parenté qui travaillent en entreprise peuvent avoir du mal à comprendre leur rôle. De plus, ce clochement permanent peut conduire à un comportement ou à un traitement inapproprié en raison des attentes inexactes, qui au final, biaisent le professionnalisme dans certaines entreprises en Afrique. Et cela reste un casse-tête incurable pour certains chefs d’entreprises africains, qui doivent absolument contenter leurs femmes, leurs beaux-frères, leurs tuteurs, leurs oncles, neveux et nièces, etc. au nom de la soi-disante sacro-sainte solidarité familiale. Cet état de choses ne me semble pas compatible avec les exigences de gestion d’une entreprise ou start-up africaine qui se veut performante, compétitive et victorieuse face à ses concurrents européens, américains et asiatiques qui émergent dans le monde et sur le sol africain tous les ans.

Proyot.com, The new spirit of Business in Africa !

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